L'entretien
Aujourd'hui, qu'est-ce que la grimpe représente pour toi, que ce soit en compétition ou ailleurs ?
La compétition m'a énormément apporté. Elle m'a permis de me construire et de vivre des émotions très fortes. J'aime cette recherche de performance et le fait de devoir progresser constamment car les autres nous poussent indéniablement, c’est le principe même de la compétition.
Mais avec les années, je me suis rendu compte que ce qui me nourrit le plus, c'est tout ce qu'il y a autour. Le bloc en extérieur, les projets en montagne, les grandes voies, les expéditions, les moments partagés avec les partenaires... C'est une pratique beaucoup plus libre, où l'on ne cherche pas seulement un résultat mais une aventure. Aujourd'hui, je dirais que la compétition est un moteur et la montagne est l'endroit où je me sens le plus vivante.
Qu'est-ce qui t'inspire dans ta pratique en montagne par rapport à ta pratique en salle ?
D’abord cette nécessité d’adaptation permanente. En montagne, il y a une part d'inconnu qui n'existe pas en salle et on ne maîtrise pas tout. J'aime aussi le fait qu'un projet en montagne ne repose pas uniquement sur la performance physique. C’est une pratique beaucoup plus globale. Et évidemment l’environnement lui-même, qui pousse à être humble et remet toujours à sa place.
Tu t'es blessée cette saison. Comment est-ce que tu as géré ça ?
C’est la première grosse blessure de ma carrière, alors j'apprends à gérer ça à vue. Heureusement je suis très bien entourée, ça aide vraiment! Forcément, c’est venu bouleverser mon quotidien et ma planification. Au début, il y a eu beaucoup de frustration. J'avais enfin retrouvé de bonnes sensations après une période compliquée, et tout s'est arrêté d'un coup. Avec le recul, cette blessure m'a obligée à ralentir, ce qui ne m'arrive presque jamais. J'ai continué à m'entraîner autrement, à travailler ce qui était possible et surtout à retrouver du plaisir sans être focalisée uniquement sur la performance. Aujourd'hui, je reprends progressivement. Je ne suis pas encore à 100 %, mais je suis optimiste. Cette période m'a rappelé que notre valeur ne dépend pas uniquement de nos résultats, et que parfois les pauses imposées permettent aussi de revenir avec davantage d'envie.
Tu dis par exemple que ton film Cap ou pas Cap ne parle pas de handicap, mais montre une autre normalité. Est-ce que pour toi, c'est ça la vraie évolution : ne plus avoir besoin de préciser ?
Oui je crois. Je n'ai jamais eu envie que l'on regarde mes projets uniquement à travers le prisme du handicap. Évidemment, cela fait partie de mon histoire, mais il ne résume pas qui je suis. Dans Cap ou pas Cap, on suit avant tout une grimpeuse qui poursuit un rêve, qui doute, qui s'entraîne, qui a peur, qui réussit parfois et échoue aussi. Ce sont des choses universelles. Si, à la fin du film, les spectateurs retiennent avant tout l'aventure, les émotions et l'histoire racontée, alors je pense qu'on avance dans la bonne direction. Le handicap n'a pas disparu, mais il n'est plus la seule grille de lecture.
Quels sont tes prochains projets dans les mois à venir ?
L'objectif principal reste de retrouver pleinement mon niveau après cette blessure. Je vise la fin de saison des coupes du monde 2026 en Asie. J'ai aussi plusieurs projets en extérieur, du bloc et de la grande voie principalement. J'aime alterner entre les compétitions et les aventures en montagne, parce que les deux pratiques s'enrichissent mutuellement. Et puis il y a les projets de films et de création de contenu. J'aime raconter ces aventures et montrer que la performance peut prendre des formes très différentes. À plus long terme, il y a évidemment une échéance qui fait rêver beaucoup de grimpeurs : les Jeux Paralympiques de Los Angeles en 2028, où l'escalade y fera son entrée.
Que représentent pour toi les Rencontres Ciné Montagne ?
C'est un rendez-vous que j'apprécie énormément parce qu'il rassemble des passionnés autour d'histoires humaines. On y découvre des aventures extraordinaires, mais surtout des personnes et des façons très différentes de vivre la montagne. J'aime aussi le fait que les films permettent de transmettre des émotions que l'on ne peut pas toujours raconter autrement. Ils donnent envie de partir explorer mais aussi de réfléchir à notre rapport à la montagne. Être marraine de l’édition 2026 est un vrai honneur, doublé de la chance immense de pouvoir y présenter le film Cap ou pas Cap. C'est l'occasion de montrer qu'il existe mille façons de vivre l'escalade et l’aventure.



