Un nouveau départ
Je me lève ce matin sans le bruit des bombes et sans la peur de me faire réveiller par des lumières aveuglantes. Non ce matin pour la première fois depuis des années je me réveille avec les rayons du soleil me réveillant doucement, filtrée par les plantes grimpantes qui recouvrent partiellement mon velux. Je me réveille avec un léger sourire, cette nuit était la première d’une suite de nuits parfaites dans mon nouvel appartement. Il y a peu j’ai déménagé dans la commune libre des Géants où l’un des projets d’urbanisme et de reconstruction les plus fous a été mis en place. La reconstruction des ruines du quartier de la Dalle des Géants en quartier coopératif éco-responsable, une commune autonome où l’on pouvait enfin échapper au vestiges en ruine de la guerre. Aujourd’hui c’est le dernier jour des vacances scolaire avant la reprise des cours qui ont été remis en place et en tant que passionné d’urbanisme je me devais de rentrer dans la toute nouvelle université d'urbanisme de la commune des géants car après tout c’est la fac à la pointe de la recherche sur le développement durable. Nous sommes en 2040 et de ce que j’ai vu sur les anciennes photos d’avant la guerre lorsque j'étais encore tout petit, mon quartier de rêve a bien changé en seulement 20 ans. Cette reconstruction on la doit au plan de reconstruction de l’Etat qui après la guerre à voulu donner le plus d'autonomie au collectivité local afin de regagner la confiance de la population française quitte à morceler l'unité de la France et revenir à un système plus local et moins contraignant pour les survivants.
Je sors de mon petit studio pour aller chercher mon petit-déjeuner avant de faire un tour complet du quartier afin de me familiariser à ce nouveau mode de vie, pour moi qui ai vécu toute ma vie dans les décombre de l’ancienne cité de Grenoble je ne reconnais pas dans l’endroit que je vois l'événement qui a bouleversé le monde. D’ailleurs quel changement ce fut pour moi tout ce monde fonctionnant en parfaite harmonie, hier après que mes parents m’on aidé à finaliser mon déménagement, des gens se sont approchés de nous en se présentant en tant que l’association des habitant du quartier de la Dalle “Le Collectif des Géants”. Ici pas de gouvernement, la participation est totale et la population de la commune est seulement gérée pour les tâches qui demande une spécialisation par le conseil constitué d'élus suite à un tirage aléatoire parmi une liste d'experts volontaires. Très sympathiques, ils ont su me mettre en confiance directement. Ce sont deux personnes qui m’ont dit être chargé de mettre à jour mon dossier et de me faire comprendre comment le quartier fonctionne. J’ai d’ailleurs rendez-vous ce matin avec Salomé, une jeune de mon âge qui habite depuis la reconstruction dans le quartier et de ce qu’elle m’a dit hier est là pour faire un tour de toutes les installations collectives. Cela me fait repenser à l’innovante façon qu’on les habitants de gérer eux même les loyers et faire des locataires de vrais acteurs du quartier. Je trouve que ça donne vraiment envie de s’impliquer dans la vie communautaire puisque les avantages à faire partie de ce quartier sont si bons. Par exemple, Vincent l’homme que j’ai rencontré hier et qui est en quelque sorte le porte-parole du quartier ainsi que celui qui gère toute la question de l’administratif avec son équipe, m’a expliqué comment le loyer fonctionne dans ce quartier. L'énoncé semblait simple, mais à force de l'écouter, je réalisais à quel point ce modèle était radicalement différent de ce que j'avais toujours connu. Ici, le loyer n’est plus une somme figée, qui grimpe de manière exponentielle chaque année, pour s’adapter uniquement à l'inflation ou à la demande du marché. Non, ici, c’est bien plus flexible, plus humain, et surtout, lié à l’intérêt collectif du quartier. Dans ce quartier de la Dalle des Géants, chaque habitant devient un acteur de la gestion de son propre logement. En fait, le loyer n’est pas décidé par des investisseurs, ni même par une seule entité centrale, mais par l’ensemble des habitants qui composent la coopérative d’habitation. Chaque locataire participe à la gestion du quartier, non seulement en prenant part aux réunions où sont définies les orientations collectives, mais aussi en contribuant à la prise de décision concernant le montant des loyers. Là où ça devient vraiment intéressant, c’est qu’il n’y a pas de profit dans tout ça. Pas de gros actionnaires, pas de fonds d'investissement qui cherchent à maximiser leur retour. Les loyers sont calculés en fonction des coûts réels du logement : entretien, rénovations, maintenance, et surtout, les projets collectifs que les habitants choisissent de mener ensemble. Par exemple, des initiatives comme l’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments, ou encore l’installation de panneaux solaires collectifs. Tout ça, bien sûr, à des coûts partagés entre les habitants. Les économies réalisées sont ensuite réinvesties dans le quartier pour le rendre encore plus durable et solidaire sachant que l’un des problèmes les plus importants du quartier dans le passé était l’entretien du bâti. Vincent m’a expliqué qu’aucun loyer n’est fixé en fonction de la valeur marchande de l’immobilier. Plutôt, on part des besoins réels des habitants et du fonctionnement du quartier. Une sorte de budget collaboratif. Les loyers sont donc adaptés aux revenus de chacun, mais ce système est bien plus que juste une question d’argent. C’est une manière de sortir du cercle vicieux de la spéculation immobilière qui fait monter les loyers sans cesse, éloignant les gens du quartier à mesure qu’ils en perdent l’accès. Ici, tout est pensé pour garantir que tout le monde puisse rester et s’impliquer. Moi en tant qu’étudiant je paye mon studio vraiment pas cher et c’est aussi une des raisons qui m’ont poussé à m’installer dans ce quartier.
Pour revenir au présent, je suis actuellement en train de marcher dans les couloirs de mon immeuble afin de me rendre dans la cuisine commune où on m’a dit que des croissants chauds et autres viennoiseries étaient mis en vente par le boulanger du quartier. Lorsque j’arrive dans la salle commune, je vois Salomé qui m’attend prête pour la visite du quartier.
"Tout d’abord, me dit-elle, je dois te présenter comment l’espace commun fonctionne". Elle passe alors tout le petit déjeuner à m’expliquer comment tout cela marche. Elle me dit qu’il fallait comprendre que l’espace commun, c'est-à-dire la salle commune avec une possibilité pour les habitants de l’étage, ainsi qu’une cuisine qui complète celle dans chaque appartement fonctionne grâce non au gaz mais à l’énergie produite directement par le quartier. Lorsque je lui demande de m’en dire plus sur ce système autonome d'énergie, elle me fait un clin d'œil et me dit: "Je vais garder cette partie pour la suite, ça serait pas marrant si je te dis tout maintenant nan ?" . Elle m’apprit ensuite que cette idée de se rassembler permet de poursuivre l’héritage social du quartier dans les années 2020 où malgré un quartier populaire et insécuritaire les habitants restaient soudés grâce à de nombreuses associations et événements . Ainsi dans le quartier rénové la coopération est encore plus poussée et tous les habitants peuvent participer à la direction de l'aménagement du quartier notamment dans la maison communautaire qui est devenu à présent le centre névralgique du quartier . Pendant que nous parlons de tout cela elle m’emmène hors de la salle qui est un espace ou plus de 50 personnes peuvent se réunir facilement et où des tables sont mis à disposition ainsi que des coins de bibliothèque avec des canapés et des jeux. Lorsque nous sortons de l’immeuble nous arrivons directement sur la place où ont l’air de nous attendre les fameux géants de Klaus Schultze. Aujourd’hui ils étaient considérés en quelque sorte comme l’incarnation du renouveau. La végétation avait poussé entre les mosaïques de ces grandes statues et laissaient à présent une faune vrombissante que ce soir d'innombrables insectes pollinisateurs cherchant la fameuse sève de fleurs colorées et de petits oiseaux font leurs nids sur les hauteurs de ces géants qui ressemble aujourd’hui à des gardiens protecteurs. Je fais un tour sur moi -même pour observer l’ensemble du quartier qui m’entoure et tandis que Salomé me passe un dossier avec les photos du quartier avant la rénovation du quartier je me rend compte combien le quartier a en effet bien changé. Avant les bâtiments avaient l’air vieillit et abîmé par le temps, il y avait beaucoup de zones sombres ou peu visibles, des accès parfois compliqués ou labyrinthiques, pas assez d’activités en surface et en dessous de la place des parkings délabrés, peu sécurisants et qui entraînait une invitation à utiliser la voiture. Ce que je vois sous mes yeux me fait repenser à un ouvrage que j’ai lu, Arcosanti de Paolo Soleri. Ce qui me frappe dans un premier temps c’est que par rapport à l’ancien quartier constitué de nombreux immeubles qui furent détruits durant la guerre, la reconstruction se fit sur un modèle où les gens pouvaient se sentir rassuré et à proximité les uns des autres puisqu’après tout la fraternité fus le facteur qui fit que les habitants de la Dalle se sont relevé de leurs cendres. Ainsi à la place de ces immeubles délabrés se tient de nos jours un splendide immeuble gigantesque qui entoure la dalle des géants tel un mur protecteur. Malgré cette gigantesque construction qui aurait pu autrefois oppresser les habitants, aujourd’hui les gens trouvent cela réconfortant pour des gens qui avaient survécu à la guerre. De plus ce n’est pas oppressant malgré la hauteur, grâce sans doute au jardins suspendus et la végétation qui rappelle que la vie trouvera toujours un moyen de subsister. Ces jardins sont d’ailleurs fertiles et cachent les panneaux photovoltaïques que je peux apercevoir malgré tout à certains endroits. Sur la place en elle même je peux voir de nombreuses personnes se réfugier de la chaleur de cette fin d’été et il est vrai que maintenant que je m’en rend compte rien que l’atmosphère du quartier semble plus frais grâce au nombre d’endroit boisé autour de la place mais aussi à l’ombre que projette les jardins. Les immenses piliers qui soutiennent l’ensemble de la structure regorgent aussi de vie et permettent d’accéder aux étages supérieurs. Tout là haut sur les toits des immeubles je peux voir les parcs et jardins coopératifs dont Salomé me vante les bienfaits en me disant qu’elle me réserve une visite spéciale au crépuscule. Je me tourne vers le côté de la place qui donne sur le parc Jean-Verlhac et je vois que de nombreuses pistes cyclables et piétonnes permettent d’y accéder. Derrière moi j’entends la nouvelle ligne de tram qui desservi tout le quartier au centre-ville de Grenoble. Enfin nous nous dirigeons vers la maison communautaire, notre prochain stop me dit ma guide, c’est le centre névralgique des opérations d'aménagement urbain et administratif du quartier.
Salomé m'emmène alors vers la maison communautaire, qui se dresse fièrement au cœur de la dalle des Géants. Ce bâtiment n’est pas simplement une construction parmi d’autres ; il incarne l'âme même de ce quartier, tel un phare qui guide les habitants vers une autonomie collective et une gestion partagée. La maison communautaire n’est pas un simple centre administratif, c’est le cœur battant de ce projet révolutionnaire, le lieu où se prennent les décisions, où l’on s’organise, où l’on bâtit ensemble. Je remarque tout de suite la conservation de l’ancienne structure, presque comme un hommage aux années d’avant la guerre. La dalle des Géants, cette grande plateforme en béton, semble avoir traversé le temps, portant encore les stigmates des épreuves qu'elle a traversées. Mais ici, elle n’est pas un vestige du passé figé dans le temps. Non, elle fait partie intégrante du présent et de l’avenir du quartier. Elle a été réinventée, intégrée dans un projet qui permet à chacun de se souvenir tout en avançant. La dalle, qui représente l’histoire, et la maison communautaire, qui incarne le présent et l’avenir, se fondent dans ce palimpseste vivant, où l'on écrit continuellement de nouvelles pages ensemble. Salomé m'explique que la dalle des Géants, située au niveau zéro, est un espace polyvalent. Un marché peut y prendre place, un marché pas seulement de produits, mais aussi de services, d'informations, d’activités communautaires. Tout est pensé pour que la place ne soit pas simplement un point de passage, mais un lieu de rencontre, de vie, de partage. On pourrait y trouver un étal de légumes bio, un stand de réparation de vélos, un atelier d'artisanat local, mais aussi un coin où des habitants pourraient se rassembler pour échanger des idées ou simplement discuter autour d’un café.
La maison communautaire n’est pas seulement un lieu d’administration, c’est le lieu de toutes les décisions qui touchent à la gestion du quartier. Les besoins des habitants, les demandes des usagers, y sont formulés, débattus et traduits en actions concrètes. Tout cela se fait sur la base du volontariat, dans un esprit de coopération et d’implication qui fait partie de l'ADN de ce quartier. Ce n’est pas un système où un petit groupe de personnes décide pour tout le monde, mais une organisation participative où chaque voix compte. C’est ici que sont discutées les tâches collectives, comme l’entretien des espaces communs, la gestion des projets écologiques, ou encore l’organisation d’événements communautaires.
Plus la journée avance et plus je découvre des installations que j’aurais pensé disparues après la guerre, mais ce que me montre ce quartier est que la fraternité et la coopération sont l'arme la plus forte des humains. Que ce soit dans le domaine de l'énergie où la commune récupère les déchets organiques et les convertit en énergie utilisable grâce à un méthaniseur souple installé dans les parkings souterrains qui sont encore debout mais transformé en espace de stockage et de cache des installations utilitaires . Les panneaux photovoltaïque ajoutent la part manquante d’énergie pour être complètement autonome.
Les services sont une part importante de la commune qui ne peut pas fournir tous les services et se doit donc de raccorder son territoire aux autres communes et ville proches qui ont plus de moyens comme la santé. Même si la commune des Géants est fournie d’une clinique à la pointe de la technologie elle est pourtant assez petite et ainsi avoir une connexion extérieur est très utile. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai pu accéder à la commune libre, grâce aux dernières lignes de train qui n’ont pas été détruites par les bombardements et qui ont ainsi été exploitées pour retrouver un semblant de liaisons entre les communautés. Dans la commune même la propriété est donnée au piéton et la mobilité douce. Dans ce doux après-midi d’août Salomé me guide vers les vélo libre service et nous traversons la commune pour avoir une meilleure vue de l’ensemble de la mégastructure verte. Enfin viens le crépuscule alors Salomé me dit que vient le meilleur moment de la visite, la contemplation de la commune depuis les jardins sur les toits. nous prenons alors la direction d’un des piliers et nous montons grâce à un ascenseur jusqu’au toît. Et lorsque la porte s’ouvre, la beauté est si choquante que je lâche une larme de joie. Alors que je m’empresse de cacher ce moment de faiblesse, ma guide devenue amie me rassure en me disant que ce genre de réaction arrive souvent chez les nouveaux arrivants. La vue était à couper le souffle, les jardins baignaient dans une lumière dorée et montraient ce que les gens même briser pouvaient accomplir grâce à la fraternité. Si au loin on pouvait toujours apercevoir des ruines ce qui était vraiment stupéfiants était cette mégastructure sur laquelle je me tenais et qui faisait le tour de la place comme pour la mettre en valeur et laissé le ciel être témoin de ce qu’avait accompli cette communauté. Il fallait le dire, c'était une véritable utopie et pour moi un nouveau départ.