La bastille en 2076
Alors que les températures ne cessent d’augmenter, la ville de Grenoble devient difficilement habitable en été. Les îlots de chaleur se multiplient notamment à cause de l’imperméabilisation massive des sols et des matériaux utilisés pour les immeubles. De plus, les isolants ne sont plus adaptés, transformant l’intérieur des logements en de réels fours.
Les Grenoblois les plus aisés ne supportant plus ces conditions de vie décident de s’accaparer les souterrains de la Bastille, alors qu’ils étaient inexploités depuis plusieurs décennies. Les longs tunnels creusés dans la pierre et les sols sont alors aménagés en refuge luxueux, havre de paix pour la fraicheur. L’immeuble Dolomieux est aussi subtilisé, et sur son toit est aménagé avec un nouvel arrêt pour le téléphérique, accessible uniquement pour les nouveaux habitants. Le nombre de places est alors accentué. Des accès et points de lumière signalent les nouveaux aménagements, mais ces derniers restent discrets, dans leur intimité. Des barrières et des agents de sécurité les séparent des autres habitants, accroissant les inégalités sociales. La végétation de la ville crame face au manque d’eau et au soleil écrasant, tandis que les habitants de la Bastille plantent de nouveaux arbres verdoyant, adaptés au nouveau climat (et utilisant l’eau de la ville), comme des amandiers.

La bastille en 2126
En 2100, les habitants de la ville décident de mettre à plat les barrières pour bénéficier eux-aussi des avantages de l’habitat troglodyte. Les anciens quittent les lieux, partant à la recherche d’un nouveau refuge encore plus frais. Cela permet de mettre en place un système éco-socialiste pour gérer ce territoire, au profit d’une communauté unie face aux changements climatiques. L'aménagement des galeries et fortifications de la Bastille s’étend progressivement vers le haut de la montagne, offrant plus de places disponibles pour la population. Le téléphérique est devenu le moyen de transport principal, alors que les voitures sont devenues strictement interdites. La végétation, composée de cultures types amandiers ou oliviers, est adaptée au climat. Les habitants s’engagent dans le développement de ces plantations en terrasses, alors à disposition de tous. Elles servent aussi à apporter de l’ombre pour se mettre à l’abri du soleil. Enfin, le goudron est remplacé par des surfaces perméables, offrant des cheminements piétons adaptés. On appelait ça Le Nuage. C’était ce dôme invincible qui contenait la chaleur et la pollution dans la vallée, la rendant, petit à petit, invivable. Mon père me tenait la main, sa peau était moite de sueur.
- Ne regarde pas là-haut mon enfant, me disait-il. Ça ne sert à rien.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. J'observais ce qu’on appelait le complexe. Le paysage de la Bastille s'était vu métamorphosé en un ensemble d'aménagements luxueux et une nouvelle végétation si verte qu’elle en paraissait fausse. On devinait au loin qu’ils s’étaient approprié les anciens souterrains pour les transformer en village.
- Pourquoi on n’y va pas, papa ? Il y a de l'ombre là-bas.
- Ce n’est pas notre air, petit. Ils creusent la pierre pour se cacher du soleil qu'ils ont détraqué. Ils vivent dans le frais, pendant qu'on cuit dans le béton.
Le téléphérique passait au-dessus de nos têtes, transportant des gens qui ne nous regardaient même pas. Pour eux, la ville n'était qu'un décor lointain. Pour nous, c’était un four. C'est ce jour- là que j'ai compris : la montagne ne leur appartenait pas. Elle nous avait été volée.
…
Cinquante ans ont passé. Mon père n’est plus là pour voir ça, mais j’aimerais qu’il voie mes mains aujourd’hui. Elles ne sont plus moites de sueur, mais tachées par la terre des cultures. Le Nuage a fini par se dissiper. Pas grâce à un orage, mais avec une colère. Quand les grilles ont sauté en 2100, nous ne sommes pas venus pour détruire mais simplement pour respirer. Aujourd’hui, j’habite l’ancien complexe. Nous avons conservé le meilleur de leur architecture : la profondeur. Habiter la roche est notre assurance vie. Mais nous avons supprimé l’égoïsme. Les riches sont partis, et nous avons rebâti, là-haut, une véritable communauté. Les oliviers et les amandiers appartiennent désormais à tous, et chacun contribue à façonner notre refuge, en creusant de nouveaux souterrains et en les aménageant avec les matériaux des immeubles qui se sont effondrés dans la vallée.

La bastille en 2126
En 2100, les habitants de la ville décident de mettre à plat les barrières pour bénéficier eux-aussi des avantages de l’habitat troglodyte. Les anciens quittent les lieux, partant à la recherche d’un nouveau refuge encore plus frais. Cela permet de mettre en place un système éco-socialiste pour gérer ce territoire, au profit d’une communauté unie face aux changements climatiques. L'aménagement des galeries et fortifications de la Bastille s’étend progressivement vers le haut de la montagne, offrant plus de places disponibles pour la population. Le téléphérique est devenu le moyen de transport principal, alors que les voitures sont devenues strictement interdites. La végétation, composée de cultures types amandiers ou oliviers, est adaptée au climat. Les habitants s’engagent dans le développement de ces plantations en terrasses, alors à disposition de tous. Elles servent aussi à apporter de l’ombre pour se mettre à l’abri du soleil. Enfin, le goudron est remplacé par des surfaces perméables, offrant des cheminements piétons adaptés. On appelait ça Le Nuage. C’était ce dôme invincible qui contenait la chaleur et la pollution dans la vallée, la rendant, petit à petit, invivable. Mon père me tenait la main, sa peau était moite de sueur.
- Ne regarde pas là-haut mon enfant, me disait-il. Ça ne sert à rien.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. J'observais ce qu’on appelait le complexe. Le paysage de la Bastille s'était vu métamorphosé en un ensemble d'aménagements luxueux et une nouvelle végétation si verte qu’elle en paraissait fausse. On devinait au loin qu’ils s’étaient approprié les anciens souterrains pour les transformer en village.
- Pourquoi on n’y va pas, papa ? Il y a de l'ombre là-bas.
- Ce n’est pas notre air, petit. Ils creusent la pierre pour se cacher du soleil qu'ils ont détraqué. Ils vivent dans le frais, pendant qu'on cuit dans le béton.
Le téléphérique passait au-dessus de nos têtes, transportant des gens qui ne nous regardaient même pas. Pour eux, la ville n'était qu'un décor lointain. Pour nous, c’était un four. C'est ce jour- là que j'ai compris : la montagne ne leur appartenait pas. Elle nous avait été volée.
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Cinquante ans ont passé. Mon père n’est plus là pour voir ça, mais j’aimerais qu’il voie mes mains aujourd’hui. Elles ne sont plus moites de sueur, mais tachées par la terre des cultures. Le Nuage a fini par se dissiper. Pas grâce à un orage, mais avec une colère. Quand les grilles ont sauté en 2100, nous ne sommes pas venus pour détruire mais simplement pour respirer. Aujourd’hui, j’habite l’ancien complexe. Nous avons conservé le meilleur de leur architecture : la profondeur. Habiter la roche est notre assurance vie. Mais nous avons supprimé l’égoïsme. Les riches sont partis, et nous avons rebâti, là-haut, une véritable communauté. Les oliviers et les amandiers appartiennent désormais à tous, et chacun contribue à façonner notre refuge, en creusant de nouveaux souterrains et en les aménageant avec les matériaux des immeubles qui se sont effondrés dans la vallée.
