La rue des Taillées en 2076
Dans ce quartier de Saint-Martin-d’Hères, près de l’Isère, la vie ne connaît plus que deux saisons : un été long, brûlant, où seuls les métiers présentiels demeurent, et un hiver plus vivable et actif. Les rues ont perdu leur goudron au profit de pavés clairs ou de terre battue, plus perméables face aux pluies violentes et aux crues. Les maisons, rehaussées pour densifier, blanchies pour réfléchir le soleil, protégées de larges casquettes ainsi qu’équipées de grandes moustiquaires qui vont jusqu’au sol contre les moustiques, les habitants se mettent à troquer leurs volets pour des persiennes. Les terrasses ont toutes migrées au nord. Des ruines de maisons apparaissent suite aux catastrophes climatiques, les digues expérimentales et les montagnes éboulées sans neige rappellent la fragilité du lieu.
L’hiver, la ville se repeuple: le vélo remplace presque la voiture, les cultures reprennent. La cohabitation humaine-animale investit l’espace. Les jardins en bacs se détachent des sols pollués. Pistachiers, palmiers et oliviers remplacent les sapins et autres végétaux actuels et les fermes à insectes complètent l’alimentation. Entre maisons avec panneaux solaires, habitats bricolés, immeubles pour migrants et tentes précaires, l’architecture révèle les inégalités d’un territoire en adaptation permanente.

La rue des Taillées en 2126
La rupture partielle du barrage de Grand’Maison en 2120 a inondé la plaine grenobloise et bouleversé la gestion des eaux maintenant polluée. En été, la chaleur pousse les rares personnes encore présentes à migrer vers le nord. Les cultures sont rares : bacs surélevés pour des espèces résistantes et l’élevage de quelques chèvres. Les marais persistent en été, et de nouvelles espèces prennent place comme les cigales, les tortues et certains oiseaux migrateurs occupant les zones plus sèches. Les barques restent visibles le long des maisons et les rares déplacements se font à vélos. Le ciel est visiblement chaud et pollué.
L’hiver est fait de tempêtes et de pluies violentes provoquant des crues longues. On voit apparaître des poissons et grenouilles anormaux. Les montagnes s'écroulent. Peu d’habitants restent; les immeubles de 2076 sont abandonnés, seules quelques maisons surélevées restent habitées. On circule en barques et barges. L’énergie hydraulique est exploitée individuellement. Les chevaux et moutons ont été déplacés laissant place à des espèces de canards, hérons et flamands roses.
