Grenoble, commune Compagnon de la Libération

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Grenoble a très tôt farouchement lutté contre l’occupation hitlérienne. Cela lui a valu d’être honorée le 5 novembre 1944 de la croix de la Libération remise place Pasteur par le général de Gaulle au maire Frédéric Lafleur, ancien résistant.

Grenoble pendant la seconde guerre mondiale

Quand la guerre est déclarée, Grenoble, ville de garnison, est mobilisée. En juin 1940, les Allemands attaquent la ville mais la cité alpine échappe à l'occupation et aux destructions grâce à la 3e division alpine qui arrête les Allemands les 23 et 24 juin lors de la bataille de Voreppe.
Le 25 juin, l'Armistice est déclaré. Grenoble reste en zone libre. Un grand nombre de réfugiés, notamment juifs, affluent dans la ville.
Rapidement, des mouvements d'opposition au régime de Vichy se mettent en place : Combat, Franc-Tireur, Libération et Front national (issu du parti communiste clandestin). Dans les casernes, des officiers de l'armée d'armistice décident de camoufler du matériel. En Chartreuse, Grésivaudan, Oisans, Vercors, des maquis se créent, renforcés à l'été 1943 par l'arrivée de nombreux jeunes gens refusant de partir en Allemagne pour le Service du travail obligatoire (STO).
En novembre 1942, la zone libre est supprimée et l'armée italienne s'installe à Grenoble. L'état-major italien refuse d'appliquer les directives antisémites et les déportations de Juifs sont alors peu nombreuses alors que trois mois plus tôt, une rafle ordonnée par Vichy conduisait le 26 août 1944 à la caserne Bizanet 351 juifs étrangers dont 109 furent déportés.
Le 8 septembre 1943, la 157e division de réserve commandée par le général Karl Pflaum remplace l'armée italienne. C'est le basculement dans la guerre. Les rafles, en particulier contre les Juifs, se multiplient.

Saint-Barthélémy grenobloise

Avec l'assassinat le 6 octobre 1943 de l'ingénieur et résistant André Abry, l'esprit de résistance est décuplé. Le 11 novembre 1943, une grève quasi générale est organisée. Un millier de manifestants brave l'interdiction allemande de commémorer l'Armistice. Environ 400 d'entre eux sont déportés et 120 seulement reviendront des camps vivants.
Des militaires passent aussi à l'action. Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1943, sous les ordres du capitaine Nal, Aimé Requet, fait sauter le dépôt de munitions du Parc d'Artillerie sur la presqu'île.
Quelques jours plus tard, du 25 au 30 novembre, c'est la « Saint-Barthélemy grenobloise ». Onze des chefs de la Résistance sont assassinés, huit meurent en déportation. Le futur préfet de l'Isère, Albert Reynier, évite de justesse la capture. Moins d'une semaine plus tard, la Résistance fait sauter la caserne de Bonne le 2 décembre. Jusqu'à la Libération, l'Armée secrète, les organisations communistes, la résistance juive mènent sans répit la guérilla contre l'occupant.
À partir de décembre 1943, s'installe une politique de représailles systématique. Le 23 décembre, en réponse à l'exécution d'un soldat allemand, une rafle est organisée place Vaucanson. 200 hommes sont arrêtés et transférés à la caserne Bayard pour le "criblage". Une trentaine de Juifs sont déportés.

Charniers

Le 15 août 1944, les troupes alliées débarquent en Provence. Aidée par la Résistance, l'armée américaine rejoint Grenoble en seulement sept jours au lieu des trois mois prévus. Grenoble est libérée sans combat le 22 août. Les Allemands ont fui pendant la nuit.
Alain le Ray, 1er chef militaire du maquis du Vercors, commandant les FFI (Forces françaises de l'intérieur), s'installe à l'hôtel des Troupes de montagne, Frédéric Lafleur à la mairie, Albert Reynier, alias «Vauban», devient préfet. Les institutions républicaines sont immédiatement rétablies par le Comité départemental de Libération nationale (CDLN).
Quelques jours plus tard, les 26 et 28 août, c'est la stupeur. Deux charniers sont découverts au confluent du Drac et de l'Isère, à proximité du polygone d'artillerie. C'est en hommage à ces 48 victimes que la voie qui traverse la presqu'ile scientifique porte le nom d'avenue des Martyrs.
A la fin de la guerre le 8 mai 1945, le bilan pour Grenoble est très lourd. 840 fusillés, plus de 2.000 hommes tués au combat, autant de disparus et 1.150 déportés, dont la moitié ne sont pas revenus.
Le 5 novembre 1944, le général de Gaulle remet la Croix de la Libération à Grenoble. La ville recevra également la Croix de guerre 1939 - 1945.

Décret du général de Gaulle du 4 mai 1944

« Ville héroïque à la pointe de la résistance française et du combat pour la libération. Dressée dans sa fierté, livre à l'Allemand, malgré ses deuils et ses souffrances, malgré l'arrestation et le massacre des meilleurs de ses fils, une lutte acharnée de tous les instants. Bravant les interdictions formulées par l'envahisseur et ses complices, a manifesté le 11 novembre 1943, sa certitude de la victoire et sa volonté d'y prendre part. Le 14 novembre et le 2 décembre 1943, a répondu aux représailles et à l'exécution des chefs des mouvements de la résistance, par la destruction de la poudrière, de la caserne, de transformateurs et d'usines utilisés par l'ennemi. A bien mérité de la Patrie. »

En sa qualité de maire de Grenoble, Frédéric Lafleur reçoit des mains du général de Gaulle, et au nom de la ville, la croix de la Libération le 5 novembre 1944, sur la place Pasteur.

Les Communes Compagnon, porteuses de l’héritage de l’ordre de la Libération

«Si les individus sont destinés à disparaître, les collectivités Compagnons continueront à témoigner dans l'avenir de ce qu'a été l'Ordre de la Libération », déclarait le Général de Gaulle à Thierry d'Argenlieu, Chancelier de l'Ordre de la Libération, le 18 janvier 1946.
Le souhait du général de Gaulle de confier aux Communes Compagnons l'héritage de l'ordre de la Libération a pris force de loi en 1999.
La loi du 26 mai 1999 votée pour créér le «Conseil national des communes Compagnon de la Libération» (CN-CCL), a été remaniée par le texte du 9 mars 2012 afin de donner mandat aux communes Compagnon d'assurer la pérennité de l'Ordre, de son musée et de la mémoire de ses Compagnons.
Ces cinq communes sont aujourd'hui porteuses de l'héritage de l'ordre de la Libération. C'est pour sceller cet engagement à l'heure où les derniers Compagnons s'éteignent que les cinq maires des communes Compagnon ont renouvelé, le 22 mai 2019 à Vassieux-en-Vercors, le serment du 20 mars 2013 de perpétuer le souvenir de l'ordre.
Placé aujourd'hui sous la gouvernance du ministère des Armées, l'ordre de la Libération est co-présidé par le général Christian Baptiste, délégué national, et de manière tournante, par l'un des cinq maires des communes Compagnon de la Libération. En 2019, cette co-présidence a été assurée par le maire de Grenoble.
Aujourd'hui, les Compagnons de la Libération ne sont plus que quatre : Daniel Cordier, Hubert Germain, Pierre Simonet et Edgard-Tupët-Thomé. Le dernier Compagnon sera inhumé au Mont Valérien, près de Paris.

Les communes Compagnon ont renouvelé, le 22 mai 2019 à Vassieux-en-Vercors, le serment du 20 mars 2013 de perpétuer le souvenir de l’ordre.

L'ordre de la Libération

Deuxième ordre national français après la Légion d'honneur, l'Ordre de la Libération a été créé le 16 novembre 1940 à Brazzaville par le général de Gaulle pour récompenser celles et ceux qui participeraient de façon exceptionnelle à la libération de la France.
Il rassemble 1038 Compagnons de la Libération, dix-huit unités combattantes et cinq communes. Forclos en 1946, l'ordre ne compte qu'un seul titre et un seul insigne. Il est le seul ordre national porteur des valeurs de la Résistance qui sont aujourd'hui un des fondements de la démocratie.

Pour en savoir plus

Porté par la Ville de Grenoble et le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère (MRDI), le site présente les lieux et les dates emblématiques de la Résistance grenobloise.
Vous pouvez également vous y connecter à partir des QR codes apposés dans la ville sur les sites emblématiques de la Résistance grenobloise.