La greffe est une activité médicale vitale qui intervient en dernier recours dans la prise en charge de personnes gravement malades et repose sur la mobilisation de l’ensemble de la chaîne du soin.
Elle concerne principalement le cœur, les poumons, le foie, les reins et le pancréas, mais aussi les tissus (cornée, artères, peau, os, ligaments…). La liste d’attente est gérée au niveau national par l’Agence de Biomédecine. Elle est actualisée en temps réel et les patient-es sont priorisé-es en fonction de leur état.
Une transplantation répond à deux cas de figure : situation d’urgence, par exemple un infarctus, ou insuffisance chronique
, explique Alexandre Sebestyen, chirurgien cardiaque. Dans 90 % des cas, ça se passe bien et le patient retrouve une vie normale. Cependant, il faut souvent plusieurs mois pour trouver un organe compatible en matière de groupe sanguin, de gabarit… À cela s’ajoutent des contraintes logistiques : un organe n’est viable que quelques heures, et une greffe est une course contre la montre !
Actuellement, plus de 30 000 malades sont en attente et près de 1 000 personnes meurent chaque année faute de greffons.
Accompagnement et sensibilisation
Une personne donneuse peut sauver sept vies
, souligne Perrine Boucheix, médecin anesthésiste réanimatrice et coordinatrice don d’organes au CHU de Grenoble. Huit Français-es sur dix sont favorables au don de leurs propres organes. Pourtant lors d’un décès, l’opposition des proches s’élève à 36 %. En effet, beaucoup de gens n’en avaient pas parlé avec eux, si bien qu’ils préfèrent refuser, d’autant que c’est une décision qu’il faut prendre dans l’urgence, quand on est sous le choc.
L’unité de coordination du don d’organes et de tissus où elle travaille avec Marc Padilla, néphrologue, et six infirmières, est dédiée à l’accompagnement des familles. Notre rôle est d’informer et de recueillir la volonté de la personne défunte : si elle n’a pas exprimé d’opposition, on propose le don d’organes puisqu’aux yeux de la loi, tout le monde est donneur.
C’est ensuite l’équipe qui prépare et coordonne la procédure médicale.
Elle mène aussi de nombreuses actions de sensibilisation auprès du grand public : collèges et lycées (3 000 élèves en 2025), entreprises, clubs sportifs… L’occasion de faire tomber quelques idées reçues : il n’y a pas de limite d’âge, on peut être en mesure de donner jusqu’à plus de 90 ans (moyenne d’âge : 58 ans). De plus, le don d’organes est compatible avec les rites funéraires religieux.
À Grenoble, on a rencontré des aumôniers catholiques, protestants, juifs et musulmans. Tous rapportent une non-opposition car sauver des vies l’emporte sur tout le reste.
Autant d’actions pour renforcer la culture du don en encourageant chacun-e à partager sa position : il suffit de dire pour agir ! En effet 1% de refus en moins représenterait 100 vies sauvées
.
Frédérique Gelas : Le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir
Frédérique Gelas a 42 ans. Elle est mariée, a deux enfants et travaille comme chargée de communication dans l’industrie. Elle a bénéficié d’une greffe de foie en août 2016.
Pourquoi aviez-vous besoin d’une greffe ?
Je suis née avec une atrésie des voies biliaires et j’ai subi une première opération à l’âge de trois mois. J’ai gardé mon foie natif jusqu’à 32 ans mais j’ai beaucoup fréquenté l’hôpital pour différents problèmes liés à cette pathologie. Puis mon état s’est aggravé. Les médecins m’ont dit qu’on n’avait plus le choix et j’ai été mise sur liste d’attente, pour une transplantation début 2016.
Comment s’est passée l’opération ?
Le téléphone a sonné à deux heures du matin. Je suis partie en urgence au CHU pour les derniers examens et la préparation pendant que le greffon arrivait. Ensuite, l’intervention a duré treize heures. J’étais en confiance grâce à l’équipe médicale qui m’a apporté une immense aide, une écoute et un accompagnement bienveillants.
Et ensuite ?
Il m’a fallu environ six mois pour retrouver mes capacités physiques. Je suis toujours en relation avec l’équipe pour des contrôles, des conseils sur mon hygiène de vie… Mais pas seulement car ces rencontres humaines ont une grande place dans le processus de guérison ! Je pense aussi à ma donneuse. Je ne la connais pas, je sais juste que c’est une femme. J’ai une immense reconnaissance car c’est le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir et j’essaie de faire en sorte qu’elle soit fière de moi.
Mireille Roquigny : Un acte de générosité qui fait partie de nos valeurs
Mireille Roquigny, 46 ans, est enseignante en lycée agricole. Son fils aîné, décédé en 2024, avait accepté de son vivant de devenir donneur d’organe.
Comment est survenue la disparition d’Alexandre ?
Il venait d’avoir 18 ans et c’était un amoureux de la montagne qui pratiquait le ski, la rando, la natation… Il a été victime d’un accident cardiaque dû au parvovirus B19 qui est anodin la plupart du temps. Chez les jeunes sportifs, ça ne se voit pas car le cœur résiste jusqu’à la dernière minute. Ça a provoqué une myocardite et il est mort brutalement.
Le don d’organes a-t-il été un choix compliqué ?
Non, car on en avait parlé en famille, un peu par hasard. Alexandre avait dit « OK » et on a respecté sa volonté. Quand on a su qu’il n’y avait plus de doute possible, plus d’espoir, toute la famille a donné son accord. On a rencontré les infirmières coordinatrices qui ont pris le relais et nous ont informé-es en temps réel pendant l’opération, y compris pour nous dire qu’on diffusait les musiques qu’on avait choisies…
Quel regard portez-vous sur cette décision ?
On n’a jamais regretté. C’est un acte de générosité qui fait partie des valeurs que porte notre famille. On n’a aucun contact avec les personnes receveuses mais on peut avoir des nouvelles via l’unité de transplantation et je les appelle régulièrement. Alexandre a donné ses reins et ses poumons et les trois receveurs vont bien ! Aujourd’hui, je suis engagée en faveur du don d’organes : c’est important de témoigner, ça donne du sens à ce qui n’en a pas…
Informations complémentaires
Durée
Comment j’ai sauvé des vies, film réalisé à l’initiative du CHU de Grenoble, disponible sur YouTube.
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