Il ne reste plus rien de l’image peu amène de l’ancien site de l’Inspé-IUFM, longtemps à l’abandon. Trois ans ont suffi pour que l’immense espace situé à deux pas de la MC2, le long de l’avenue Marcellin-Berthelot, grouille de vie, d’envies, et reverdisse. Au sens propre au regard des espaces naturels et ludiques disséminés ici et là, des gros tilleuls du Bivouak Café à la petite mare où l’on entend à tour de rôle coasser les grenouilles entre les roseaux et piailler les oiseaux perchés un peu plus haut.
On y croise des jeunes profitant d’un rayon de soleil, ordinateurs portables ouverts sur les tables extérieures, des parents qui traversent le parvis, direction la crèche L’Îlot Marmots, et des curieux devisant sur les nouveaux équipements, terrain de pétanque et jeux d’échecs intégrés près des assises en bois, récemment aménagés avec le service citoyenneté de la Ville autour de chantiers participatifs ouverts au public (COP).
Vivifiant
Un accès a été ouvert sur la rue Émile-Zola et un autre est prévu jusqu’au parc Flaubert d’ici cet été. C’est la préfiguration du parc Simone-Veil qui se matérialise
, explique Jérôme de Lignerolles, coordinateur de La Correspondance que le mélange des publics et l’effervescence réjouit. Vivifiant et vivant, le tiers-lieu l’est en effet devenu, à maints égards.
Les bâtiments existants – désormais ponctués d’une signalétique graphique tout en rondeur signée de l’artiste grenobloise Petite Poissone – ont (re) fait le plein d’associations, de A comme le traiteur Au Bon Sens des Mets à W pour Weavers en passant par C Nous (danse hip-hop et accès aux droits) et le supermarché participatif L’éléfan, pour ne citer que quelques-unes des 25 structures résidentes, représentant 85 salarié-es et bénévoles actifs. Une ruche !
Coût des locaux accessible, opportunité d’un gymnase, salle de danse, salles de réunion prolongées par des espaces extérieurs et un café-restaurant ouvert à toutes et tous : les jeunes pousses, pour la plupart présentes dès l’ouverture de La Correspondance et récemment rejointes par les collectifs Troisième Bureau (théâtre contemporain), Soleil Vert (tatoueuses) et La Forge (musiciens) sont unanimes sur l’effet levier du tiers-lieu.
Synergies
Dans une petite salle du bâtiment A, l’association d’inclusion par le sport Big Bang Ballers est en plein boom : Depuis notre arrivée en 2023, nous avons multiplié par quatre le nombre de nos adhérent-es, 200 aujourd’hui, plus les enfants sans adhésion, les aller-vers et les faire-venir
, soulignent Raphaël et Thaïs.
Même ascension chez leur voisine de bureau, l’antenne grenobloise de Weavers où l’accompagnement de personnes en situation d’exil via des formations et des stages en vue d’un retour à l’emploi, est passé de 30 à 102 en 3 ans
, souligne sa responsable Géraldine Challe, qui a doublé son équipe avec 4 salarié-es, plus des prestataires.
Ses yeux pétillent quand elle évoque les coopérations et synergies qui émanent du tiers-lieu : Nous organisons des activités sportives avec les Big Bang Ballers pour les personnes que nous accueillons ainsi que des repas partagés. Être sur un site comme celui-ci résonne avec notre vocation, c’est hyperqualitatif et précieux.
Dans un bureau à l’étage, Arthur Lauvergnier, chargé de développement du Centre d’insertion auprès des jeunes par les métiers de la montagne et de l’environnement (CIMME, réseau ÊTRE) confirme : Pali Pali nous a passé commande pour concevoir le mobilier urbain du tiers-lieu : grandes tables, pergola du Bivouak, bancs et autres assises. Pour le supermarché Éléfan, nous avons créé l’étagère à pains, pour le Bivouak Café, une grande tablée et le bac potager, pour les Big Bang Ballers, le meuble à chaussures. Trois « tiny houses » (sites temporaires d’hébergement) ont été réalisées avec l’association Robin et toi situées à l’arrière du bâtiment A.

Névé, spécialisée dans les sciences du climat, s’est quant à elle rapprochée de La Madre pour organiser, en avril 2026, le premier festival Perds pas l’Nord. Dans le supermarché L’éléfan, la greffe a pris avec Troisième Bureau : le collectif artistique a rempli les rayonnages d’ouvrages sur le théâtre contemporain et y organise parfois même des lectures.
Au Bon Sens des Mets, qui mitonne le plat du jour du Bivouak Café, la dernière recrue a mis du baume au cœur de Weavers : Ohla est une femme ukrainienne de 23 ans, que nous avions accompagnée dans le cadre de sa formation en tant que commis de cuisine
, glisse Géraldine Challe. Seule petite ombre au tableau : le manque de place qui, dans certaines structures, commence à se faire sentir. Personne pourtant n’envisage de quitter La Correspondance et son écosystème, bien trop utile, solidaire et joyeux.
Agenda !
La Correspondance organise cinq rendez-vous annuels sur son site : Les Printanières en avril, la Fête de la musique en juin, les Vibrations d’automne en octobre, Bonjour l’ancien-l’ancienne, et le marché de Noël en décembre.
Comment évoluera La Correspondance ?
La gestion du tiers-lieu a été confiée à Pali Pali entre 2023 et 2027. Compte tenu de la fréquentation en hausse du site (1 300 personnes par mois en 2025) et de la construction des neuf immeubles à proximité (début du chantier en 2027), on peut espérer rester encore 3 ans. Nous poursuivrons sur notre lancée en rendant l’accueil de La Correspondance encore plus confortable et en poursuivant les événements : au-delà de nos cinq rendez-vous annuels (lire agenda), nous accueillons des jeunes collectifs (75 en 2025) qui frappent à notre porte : ce sera le cas, par exemple, du salon de la microédition et de la sérigraphie en juin, d’une grande friperie en octobre et de la fête de la science. Nous venons par ailleurs de conclure de nouveaux partenariats avec le Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN), le Conservatoire et le festival des Arts du récit. Ma ligne directrice principale a toujours été de mélanger les publics. Observer aujourd’hui toutes ces coopérations, c’est fascinant
, développe Jérôme de Lignerolles, coordinateur de La Correspondance.
