Pour parler de l’art-thérapie moderne, Marion Livoti n’a pas hésité à trouver un créneau dans son agenda plus que rempli. Dans une petite heure, elle rejoindra l’institution spécialisée où elle intervient, avec un kinésithérapeute, auprès des résident-es en situation de handicap.
Cet après-midi, elle retrouvera ses étudiantes à la Faculté de médecine de Grenoble. Entre deux séances, elle échange sur des projets collaboratifs avec les art-thérapeutes d’Artmoni, association qu’elle a fondée et préside depuis sa création, en mai 2024.
Huit ans que Marion Livoti exerce, à Grenoble, en tant qu’art-thérapeute. Un virage opéré en douceur à la suite d’un bilan de compétences : « J’exerçais depuis 20 ans en tant qu’éducatrice spécialisée et je réfléchissais à mettre d’autres cordes à mon arc. Je suis saxophoniste depuis l’enfance, pratique la danse et la photographie, j’ai toujours eu un rapport personnel à l’art », confie-t-elle.
Mobiliser les capacités
C’est à l’école AFRATAPEM(1) que Marion découvre l’approche moderne de l’art-thérapie. Une discipline paramédicale où coexistent plusieurs courants tels que l’art-thérapie traditionnelle, qui utilise l’expression artistique comme support d’interprétation psychique, et l’art-thérapie moderne, qui émerge dans les années 1970 en s’appuyant sur les neurosciences.
Elle consiste à analyser le potentiel d’une pratique artistique et de l’ajuster au regard des besoins d’un individu. Cela peut être le chant, par exemple, pour une personne qui a perdu des capacités cognitives et sociales (la mémoire, l’expression) car chanter mobilise toute la sphère respiratoire, le maxillo-facial, l’audition et la sensorialité interne ainsi que la mémoire, avec les paroles. Dans la peinture, ce sont la motricité fine, le sens de la vue et le rapport entre le regard et la main qui sont stimulés
, explique celle qui décroche sa certification à l’AFRATAPEM et l’approfondit, en 2018, avec un Diplôme Universitaire (DU) en art-thérapie moderne à l’UFR de Médecine de l’Université Grenoble Alpes (UGA).
Métier de maillage
Depuis, tout s’est enchaîné. Un lancement en libéral pour démarrer et très vite, l’envie de se regrouper ne pas être isolée dans ma pratique, aider au déploiement du métier
, se souvient la présidente de l’association d’art-thérapie moderne Artmoni, qui aujourd’hui regroupe 13 art-thérapeutes certifié-es – aux profils aussi variés que le sien, intervenant auprès des migrant-es, des mineur-es non accompagné-es, de jeunes patientes souffrant d’anorexie mentale (CHUGA), des personnes âgées en Ehpad…
Je vois des patient-es de tout âge prendre conscience de leurs capacités, de leurs ressources. L’art-thérapie met à jour leur « potentiel de possibles » afin qu’ils s’en emparent
, dit-elle. Seul hic : l’encadrement de la profession. Véritable métier de maillage, la fonction d’art-thérapeute n’est ni protégée ni reconnue comme le sont, par exemple, l’ostéopathie ou l’ergothérapie.
Il manque des décisions politiques et une mobilisation entre nous autour d’un tronc commun, un socle que nous pourrions coconstruire.
Le collectif des Semaines Nationales de la Santé mentale (SISM) pourrait être un signal : la 37e édition (5 au 18 octobre) invitera à s’ouvrir aux arts
pour notre santé mentale !
(1) École d’art-thérapie de Tours
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