Vert, rose, jaune et… rouge (ses préférés). Une fois n’est pas coutume, ce ne sont pas des couleurs de la Ville qu’il a longtemps hissées dont vous parle, ce matin-là, Daniel Ghafari. Mais des couleurs de ses canaris. Trente-cinq serins (14 mâles, 11 femelles) babillent dans leurs cages impeccablement arrangées sur deux murs entiers de son salon, où l’ornithophile vous reçoit.
Chacun a son chant
, souligne celui qui distingue la mélodie de l’arlequin portugais de celle d’un bleu cobalt. Né au Sénégal où il a passé son enfance, son amour pour les oiseaux n’a jamais été un secret au service Pavoisement : Au boulot, ils le savent tous ! J’en ai aussi donné…
, sourit le technicien tout juste retraité.
Quarante-deux ans à la Ville de Grenoble, l’attachement à son métier comme à ses collègues expliquent l’accord au présent, et les souvenirs hauts en couleur qui défilent – le mot est faible pour qualifier les 50 000 manifestations qu’il a accompagnées…
Hisser les drapeaux
Daniel Ghafari, 62 ans aujourd’hui, n’en a pas encore vingt lorsqu’il embauche à la Ville de Grenoble. Un bac de comptabilité raté de peu, des copains qui eux travaillent déjà, une information qu’il attrape au vol : À l’époque, il y avait un camping municipal au parc Bachelard et, comme ils cherchaient du monde, j’ai postulé.
Quelques mois (et autant de levers à 4 heures du matin pour assurer l’entretien du camping) plus tard, Daniel rejoint le service Pavoisement : Les horaires étaient quand même plus intéressants
, se souvient l’agent qui, en 1983, est loin de se douter qu’il y restera 42 années – et à mille lieues d’imaginer ce que recouvre ce fameux pavoisement
!
Tout un univers en vérité. Qui consiste à orner, décorer, embellir, parer, sécuriser tout un cortège de cérémonies, de défilés, de concerts, d’expositions car pour que la Ville exprime sa vie communautaire, il lui faut hisser les drapeaux, installer des kakémonos, disposer les podiums, les tribunes…
8 tours de France, 42 défilés du 14 juillet
Homme de l’ombre, pilier du service, passé d’agent à technicien principal, Daniel Ghafari a tout connu, 4 maires, 8 tours de France, 42 défilés du 14 juillet, un grand show des jeux de neige, et tout agencé, des panneaux électoraux aux bureaux de vote, des grilles d’exposition aux barrières du 14 juillet qui à l’époque pesaient plus de 25 kg
– manutention allégée avec l’arrivée du matériel pliable et des gros caissons ergonomiques de rangement permettant de le déplacer. La logistique de Grenoble a été un modèle pour d’autres villes
, glisse-t-il non sans fierté.
La retraite, il commence tout juste à y penser. Marcher, voyager en Italie et peut-être au Liban, et puis, s’occuper des canaris. Quand je passe une heure avec eux, je ne vois pas le temps passer.
Les voir grandir le ravit. Plus que deux mois avant les naissances. Ce sera en mars 2026. Son événement à lui…
