Image décorative.
© Ph. Rivière

Grenoble à vol d’oiseau

Alors que partout en Europe, les populations d’oiseaux s’effondrent, Grenoble renforce ses actions de protection auprès des 169 espèces recensées sur son périmètre : refuges labellisés LPO, pose, suivi et entretien des nichoirs, prairies fleuries... Bienvenue dans un monde aviaire enchanteur qui donne des ailes et fait un bien fou à observer et à écouter.

Environnement

Par Isabelle Ambregna, publié le 30 juin 2026

Article

C’est à peine si on les aperçoit entre les branches des feuillus et des résineux mais aucun doute, ils sont bien là. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre leurs vocalises, du tchip… tchiap du moineau domestique au tic… tic… du rougegorge familier ou au thuî… du verdier d’Europe, sans oublier le grou… rouh… gou du pigeon biset. Un concert aviaire particulièrement vivace au printemps et en été lorsque les oiseaux sont en pleine parade amoureuse et défendent les territoires où ils nidifient.

Où sommes-nous ? À Grenoble, où ont été recensées pas moins de 169 espèces ! Ce matin-là, dans le quartier Chorier-Berriat, les cris et les chants redoublent au cœur du parc Marliave, premier espace vert grenoblois labellisé Refuge LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) en 2023. À l’intérieur de ce petit poumon vert d’un hectare constitué d’arbres matures, cerclé de vieux murs en pierre et de jardins mitoyens, une trentaine d'espèces d'oiseaux peuvent être aperçues régulièrement ou plus occasionnellement, note Constant Berrou, l’un des bénévoles LPO du parc qui invite les habitant-es, avec le concours de la Ville de Grenoble, à participer à des animations découvertes et à un comptage bisannuel.

Coup de pouce

Marliave n’est pas le seul. Depuis 2024, la Ville a mis les bouchées doubles en labellisant deux autres de ses espaces verts. Le parc Flaubert (3,5 hectares) accueille, parmi 7 espèces de papillons et 3 d’amphibiens, 40 espèces d’oiseaux dont tout un cortège de nicheurs : chardonneret élégant, mésange charbonnière, canard colvert, troglodyte mignon (dit roitelet des haies) pour n’en citer que quelques-uns.

Et cela gazouille aussi sur le site de la Maison des Collines – propriété de la Ville de Grenoble – dont les 6,8 hectares verts abritent pas moins de 15 espèces. L’idée du refuge n’est pas un luxe : C’est un véritable accueil écologique ! Les habitats doivent permettre aux oiseaux de réaliser tout ou partie de leur cycle de vie, rappelle le service Nature en Ville qui intervient également dans la pose, le suivi et l’entretien de nichoirs – plus de 500 créés depuis 2017.

Un vrai coup de pouce face au déclin des populations d’oiseaux partout en Europe. La faute à l’agriculture intensive, à la destruction de haies et de granges dans les plaines agricoles, à la pollution et aux (nouvelles) architectures lisses dans les villes et villages, exemptes d’anfractuosités, décrypte Clarisse Novel, responsable du pôle communication, médiation et vie associative de la LPO Auvergne-Rhône-Alpes.

Accenteur et fauvette

Ce coup de pouce pourrait bien renforcer l’attractivité de Grenoble où la diversité des milieux naturels fait, selon les experts, le bonheur des oiseaux. Sur le site de la Bastille, « on peut observer la fauvette passerinette, espèce liée aux milieux secs et méditerranéens, le pic noir et le pic épeichette, oiseaux des milieux forestiers et des oiseaux des milieux rupestres comme le faucon pèlerin mais aussi l’accenteur alpin, l’hirondelle de rochers, le martinet à ventre blanc et, en hiver, le tichodrome échelette », décrit Clarisse Novel.

En plein centre-ville, il n’est pas rare d’entendre la mélodie de la fauvette à tête noire au Jardin des Plantes Joséphine-Baker, d’apercevoir une famille de faucons crécerelles voltigeant à proximité de la tour Perret ou encore des hirondelles de fenêtre et autres poules d’eau sur la Presqu’île, bordée par les berges de l’Isère et du Drac !

Grenoble, paradis des oiseaux ? Leur présence rassure. Les oiseaux sont un indicateur de bonne santé de notre écosystème. La mésange bleue et la mésange charbonnière, par exemple, jouent un rôle important dans la régulation d’espèces parasites comme la chenille de la pyrale du buis et la chenille processionnaire du pin. Les hirondelles et les chauves-souris raffolent quant à elles des moustiques et moucherons, explique la direction Nature en Ville. Autres vertus : leur langage sonore, leur esthétique et leur poésie. Le chant des oiseaux vous coupe du brouhaha quotidien et vous plonge au cœur du vivant, analysent les ornithologues Élise Rousseau et Philippe J. Dubois dans leur ouvrage Ornithérapie (Albin Michel). Les observer fait un bien fou et donne envie de les protéger. Une invitation à lever les yeux…

Pour aller plus loin

  • Guides : Reconnaître facilement les oiseaux et Les chants d’oiseaux d’Europe occidentale (180 chants d’oiseaux avec fiches et QR code), aux éditions Delachaux & Niestlé.
  • Applications de reconnaissance des chants : BirdNet, Merlin Bird
  • Sites internet : Oiseauxdesjardins.fr – Oiseaux.net - AcouSTOC
  • Association : Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de l’Isère - isere@lpo.fr

Refuges LPO : les entreprises et les particuliers aussi

Grenoble intra-muros compte une quarantaine de refuges labellisés LPO. En plus de la Ville, des entreprises et organismes tels que STMicroelectronics, Schneider Electric, l’ILL, des établissements (scolaires et Epahd) ainsi que des particuliers possédant un petit espace vert ou fleuri (du balcon jusqu’au jardin de 600 m2 !) ont adopté la démarche en faveur de la biodiversité. Pour les particuliers, la charte (adhésion : 15 €) regroupe 15 gestes éco-pratiques et un coffret d’accueil (panneau LPO, abreuvoir, graines…). Les entreprises peuvent quant à elles associer label et sensibilisation à l’environnement auprès de leurs salarié-es.

Contact : LPO Auvergne-Rhône-Alpes : 04 37 61 05 06.