Portrait de François Botton.
© Sylvain Frappat

François Botton : «La tour Perret est une colonne grecque !»

François Botton, architecte du patrimoine, spécialisé dans la conservation des monuments historiques, maître d’œuvre du projet de restauration de la tour Perret.

Patrimoine et Histoire

Par Gilles Peissel et Richard Gonzalez, publié le 5 janv. 2026

Article

Le chantier de restauration de la tour entre dans sa dernière ligne droite. Quel est votre sentiment à cette étape clé ?

Il s’opère une double pression, l’une par rapport à l’échéance de la livraison, l’autre due à la satisfaction des besoins par les ouvrages réalisés. C’est à la fois de plus en plus excitant et en même temps stressant, parce qu’on n’a pas de marge d’erreur. Mais de ce qu’on en voit, et je parle ici au nom de tous les opérateurs, le résultat y est : c’est vraiment satisfaisant !

En quoi ce chantier de restauration est-il exceptionnel ?

Je préférerais parler de sauvetage plutôt que de stricte restauration, tellement l’édifice était dégradé. On a dû toucher au cœur du système : les structures-mêmes étaient en cause, provoquant ces pluies de béton qui s’accumulaient en blocs sur la casquette du rez-de-chaussée. On se rapprochait d’un point de non-retour qui aurait rendu inévitable la destruction complète de la tour. La particularité de la tour Perret, et des édifices en béton en général, réside dans le fait que le béton constitue à la fois la structure et la peau de l’édifice : quand on touche à l’un, on touche à l’autre. Mon alerte à l’époque, dès la fin des années 1990, c’est qu’on ne pouvait que difficilement s’engager dans un programme de restauration et l’appliquer sans l’avoir testé au préalable.

D’où cette tranche d’essais, comprenant un ensemble poussé de diagnostics…

Oui. Il nous a fallu comprendre quels étaient les processus délétères qui conduisaient à la perte de matière. Nous y avons apporté des hypothèses de méthodes curatives adaptées à du béton de 1924, qu’il fallait marier à des matériaux des années 2020, abondamment appliqués compte tenu de l’ampleur des dégradations en particulier sur les piliers principaux. Pour être très franc, en démarrant les diagnostics, je n’avais pas d’a priori sur les résultats prévisibles. C’est une chance d’avoir trouvé les capacités techniques pour lancer des travaux de confortement qui prennent en compte l’état de surdégradation de l’ouvrage.

Quelles informations avez-vous tirées de la tour en l’étudiant de si près ?

À bien y regarder, la tour Perret possède les attributs d’une colonne grecque, dans sa composition et ses proportions ! Ce qui se conçoit pour un édifice manifeste, Il y a une base ou soubassement, le fût jusqu’au balcon à 60 mètres, la corbeille, qui ressemble à celle d’un chapiteau. Par exemple, le premier tiers est parfaitement cylindrique avant de se resserrer ensuite. C’est typique d’une colonne grecque. J’en arrive à dire qu’Auguste Perret n’est pas un moderne, c’est un classique ! C’est pourquoi la question de la conservation des dimensions d’origine s’est imposée. L’augmentation de l’enrobage est passée par le déplacement des armatures plutôt que par l’ajout de matière. Pour moi, c’était une ligne rouge : ne pas pervertir les proportions voulues par Perret.

Que doivent savoir les Grenobloises et les Grenoblois avant de pénétrer dans la tour 65 ans après sa fermeture ?

Qu’on ne livre pas une nouvelle tour, mais on restitue plutôt son usage premier : faire monter les gens à 60 mètres de haut pour profiter d’une vue exceptionnelle. Sachant que l’expérience ne commence pas au moment où l’on arrive sur la terrasse, mais dès le fait de pénétrer dans la tour, en découvrant ce volume et cette élévation. Le voyage en ascenseur fait aussi partie de l’expérience. La tour Perret a été fermée dans cette configuration, on la rouvre dans le même scénario. Avec plus de confort et de sécurité. Au-delà de la beauté et des sensations, certains détails marquent l’évolution de la tour dans ses états successifs. Par exemple, on a conservé des vestiges du badigeon ocre, là où il était encore présent, issu d’une première opération de restauration dans les années 1950. La pleine appropriation de la tour par les Grenobloises et les Grenoblois passera nécessairement par des efforts de communication.