Portrait de Pierre Rodière.
© Sylvain Frappat

Pierre Rodière : «Nous avons été inspirés par les claustras dessinées par Perret»

Pierre Rodière, de l’agence Trafik, est chargé du projet de valorisation et de parcours scénographiques de la tour Perret. Il revient sur les principes qui ont guidé sa réflexion.

Patrimoine et Histoire

Par Gilles Peissel et Richard Gonzalez, publié le 3 mars 2026

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Quel est le fil directeur de votre projet de scénographie ?

En tant que designers, nous aimons faire des objets singuliers. Avec la tour Perret, l’enjeu était plutôt d’être dans une forme de justesse et de retenue pour conserver cet ouvrage d’art dans sa majesté. Nous avons donc adopté des principes qui utilisent le langage architectural de Perret, mais de manière contemporaine. Nous n’amenons pas de nouvelles formes qui auraient été déconnectées de leur environnement.

Comment cela s’est-il traduit concrètement ?

Nous avons été particulièrement inspirés par les claustras dessinées par Perret. Nous en avons extrait des éléments géométriques qui sont devenus des formes en béton de 2,50 mètres par 2,50 mètres, de 50 centimètres de haut, sur lesquelles on peut s’asseoir. Ce mobilier est disposé au pied de la tour en sept haltes thématiques. L’emploi d’un béton fibré ultra-haute performance permet d’avoir une certaine souplesse en termes de design et de graver des textes et des illustrations qui pourront, dans le cadre d’une démarche de médiation, être marouflées avec un papier et un crayon.

Y a-t-il eu des interventions sur la tour elle-même ?

À l’intérieur, nous avons souhaité être le plus discret possible, afin de préserver cet effet « cathédrale » qui nous fait lever les yeux. À certaines heures de la journée, quand la lumière traverse les claustras, le visiteur ressent quelque chose d’assez étonnant, une grande sensibilité, dans un registre architectural qui reste malgré tout « brutaliste ». C’est quelque chose qu’on a vraiment voulu conserver. Le public sera simplement accompagné dans son ascension par neuf cartels de petite taille qui, le long de l’escalier, évoqueront les principales caractéristiques de la tour, jusqu’à l’arrivée au point d’orgue : la table de lecture du paysage. Douze modules viendront alors raconter les paysages, selon trois niveaux de lecture : le parc Paul-Mistral et les équipements olympiques de 1968, la ville, puis les massifs montagneux.

Comment avez-vous traité la mise en lumière de la tour ?

Nous avons travaillé à partir d’une image d’archive de 1926, en restant sur quelque chose de rigoureux et de très sobre. L’idée est de souligner la verticalité de la tour, tout en reprenant le principe d’un éclairage de ses éléments structurels, notamment les huit piliers. Nous avons pu réaliser un prototype de l’éclairage qu’on imaginait au début, fixé sur l’ouvrage, mais ça ne le valorisait pas du tout… Ça le dénaturait ! Nous avons donc conservé notre idée d’éclairer uniquement les piliers, mais à distance, en projetant de la lumière à partir de quatre candélabres implantés autour de la tour. Chaque candélabre peut éclairer deux piliers, grâce à des luminaires à gobo. Ce sont des spots qui dirigent le faisceau lumineux de manière très précise. Avec cette technologie, la tour garde totalement son intégrité.

L’agence Trafik (scénographie, signalétique et conception lumière) est mandataire de l’équipe chargée du projet de parcours de visite de la tour Perret : Atelier CH.V (architecte), Wald (paysage), L. Chabot et R. German (muséographie) et Sinequanon (suivi de chantier).