Grenoble, la nuit

La nuit est longtemps restée une dimension oubliée de la fabrique de la ville : on pense, organise et aménage les villes et territoires du matin au soir et trop peu du soir au matin, comme s'ils ne fonctionnaient que 16h/24h.
En lien avec les acteurs-trices du territoire, la Ville de Grenoble fait de la nuit un sujet prioritaire.

La nuit, un temps de contrastes

La nuit ne manque pourtant pas d'enjeux. Les services de nuit peuvent s'inscrire dans la continuité de ceux du jour (facilités de déplacements, maintien des offres et des services publics, ...), s'intensifier la nuit tombée (inégalités et disparités territoriales renforcées, accès à la santé plus limité, sentiment d'insécurité plus prégnant, ...) ou d'autres encore spécifiques à la nuit (besoin de sommeil, travailler sur horaires atypiques, temps de la fête ...).

Chacun-e appréhende différemment la nuit, notamment en fonction du rythme de la semaine et des saisons. Si, pour beaucoup d'entre nous, la nuit est d'abord synonyme de repos et de sommeil, nous pouvons dans une même soirée souhaiter de l'animation puis du calme, et dans une même semaine travailler en tant qu'aide-soignant-e et bénéficier du travail d'un-e conducteur-trice de tram.

Ces usages différents mais simultanés de mêmes espaces entraînent cependant des conflits, et des besoins, qui méritent d'être mis sur la table et portés au débat :

  • L'étudiante qui aimerait profiter de moments entre amis après avoir été confinée, mais doit faire avec un sentiment d'insécurité lorsqu'elle rentre de discothèque en nuit profonde ou au petit matin.
  • Les urgentistes, pompiers et policier-ères et les agent-es d'astreinte, qui constitue la ville de garde et assurent la santé et la sécurité de tous-tes, mais subissent une complexification de leurs missions.
  • Les membres d'associations œuvrant sur le terrain pour prévenir les comportements à risque et accompagner les plus vulnérables d'entre nous.
  • Les travailleur-ses invisibles de la propreté, du déplacement (chauffeurs, livreurs à vélo, ...) qui répondent à une offre de plus en plus à la demande et qui subissent des conditions de travail précaires.
  • La passante rassurée par une rue éclairée, mais qui voudrait contempler les étoiles et se soucie de l'animal nocturne, qui se nourrit et vit la nuit.
  • Celui qui souhaiterait dormir, mais qui est gêné par des travaux pourtant nécessaires ou les équipes municipales de propreté urbaines pourtant essentielles.
  • Des jeunes de quartiers populaires qui se retrouvent entre ami-es sur l'espace public ou dans les parties communes à la tombée de la nuit, faute d'un lieu de sociabilité ouvert et adapté à leurs envies. Une situation qui peut susciter l'inquiétude de la personne âgée cherchant à rentrer chez elle, ou la gêne d'une voisine avec des enfants en bas âge

Grenoble la Nuit, c'est donc l'occasion de repenser de façon transversale les équilibres entre toutes les manières de vivre la nuit, et dès lors s'attacher à considérer les inégalités entre territoires et entre les personnes.

Vers un projet politique de la nuit ambitieux

En actant la démarche Grenoble la Nuit, la municipalité fait de la nuit une priorité pour le mandat 2020 – 2026.

L'objectif est double :

  • Réussir à faire coexister tous les usages à travers une approche globale et transversale de la nuit. Il s'agira de dépasser une approche « par touches », relevant de la seule gestion des conflits d'usages et d'usager-ères pour construire des solutions de fond qui concilient des pratiques contradictoires.
  • Améliorer le service public nocturne et le cadre de vie des grenoblois-es, en pensant le rééquilibrage des offres sur l'ensemble du territoire, en particulier dans les quartiers populaires. L'accès aux services devra également être réfléchi pour tous les publics, avec une attention aux conditions de vie des travailleur-euses et aux personnes les plus éloignées des soins, du sentiment de sécurité et des solidarités.

Pour se donner les moyens de répondre à ces objectifs à long terme, la Ville de Grenoble souhaite conduire une politique publique de la nuit à part entière, à l'instar de ce qui est porté par d'autres villes françaises (Bordeaux, Nantes, Rennes, Paris) et européennes (Amsterdam, Berlin, Liège). Cette politique trouvera sa traduction opérationnelle dans l'élaboration d'un Plan Grenoble la nuit en phase avec les besoins exprimés par les Grenoblois-es et les défis de demain d'ici la fin de l'année 2022.

La première étape du projet a consisté en la réalisation, par le Collectif d'éducation populaire les Orageuses, d'une radiographie des nuits grenobloises de juillet 2021 à mars 2022 afin de mieux comprendre ce qui fonctionne et fonctionne moins bien la nuit à Grenoble, les besoins et les attentes de la société civile organisée, des professionnels de la nuit et des institutions. Plus de 250 acteur-trices issues des services de la ville, des autres insti-tutions, de la société civile, des commerces, etc. ont été rencontrés dans ce cadre. Ce diagnostic propose plus de 100 axes de travail autour de 9 thématiques (être au calme la nuit, sécurité, déplacements, culture et loisirs, quartiers populaires, égalité et solidari-té...).

Mise en place de six Commissions thématiques

Est maintenant venu le temps de l'élaboration du futur Plan Grenoble la Nuit, pour laquelle la Ville a souhaité réunir les acteur-ices du territoire volontaires (habitant-es, professionnel-les de la nuit, institutions, partenaires, expert-es...) au sein de six Commissions thématiques. En effet, les nombreuses pistes d'action ressorties du diagnostic peuvent se compléter, se répondre, mais aussi se confronter. Pour sélectionner et prioriser les actions à inscrire dans le futur Plan Grenoble la Nuit, la Ville a mis en place cette démarche participative consultative, ouverte à tous-tes. Venez nombreux-ses participer aux échanges, et faire se rencontrer vos idées avec celles des autres acteur-ices de la nuit !

Pour vous inscrire aux premières sessions en mai 2022, merci de renseigner le formulaire ci-dessous.












* Champs obligatoires

CT1 : Profiter des activités culturelles, sportives et commerciales la nuit – le lundi 9 mai de 18h à 20h30 (HDV Salle 2)

La soirée est pour beaucoup d'entre nous le moment du temps libre, où l'on se rassemble avec famille ou ami-es en terrasse ou dans un parc, où l'on se défoule dans une activité sportive et où on se cultive au cinéma ou au théâtre. C'est l'occasion d'interroger les offres publiques et privées actuelles sur le territoire grenoblois, et celles que la Ville pourrait développer ou encourager. Comment penser une offre diversifiée en termes de quartiers et de publics ? Quels nouveaux usages conviviaux et culturels de la nuit peuvent être imaginés ?

CT2 : Habiter un quartier populaire la nuit – le mercredi 18 mai de 16h à 18h30 (espace partagé MDH Patio)

Comme pour d'autres problématiques, la nuit accentuent les inégalités qui existent de jour entre les différents quartiers du territoire grenoblois. Les quartiers populaires - concentrés au sud mais aussi présents dans le centre de la ville - souffrent d'offres insuffisantes voire inexistantes en terme de transports, de lieux de convivialité et de culture, de santé, de sécurité ...
Quels solutions matérielles, humaines, financières ou organisationnelles la Ville peut-elle développer pour un égal accès aux services publics nocturnes pour tous-tes les habitant-es ?

CT3 : Le sens de la fête la nuit – le lundi 23 mai de 18h à 20h30 (HDV Salle 2)

La nuit est un moment de rupture avec le rythme, les contraintes et les normes sociales diurnes. C'est donc le temps privilégié pour se détendre, lâcher prise avec ses proches ou faire de belles rencontres. Si la fête est avant tout un plaisir, elle est aussi pour certain-es un travail. Par sa dimension transgressive, elle génère parfois malheureusement des comportements à risques, des violences sexistes, des agressions et des nuisances sonores. Ces problématiques sont non seulement lourdes pour le voisinage et les fêtard-es eux-mêmes, mais aussi pour les gérant-es d'établissement ou d'événement.
Que peut faire la Ville de Grenoble pour aider à concilier droit à la fête et respect de tous-tes ?

CT4 : Egalité et Solidarité la nuit – le jeudi 19 mai de 18h à 20h30 (salle 503 à Claudel)

La nuit renforce les situations diurnes de vulnérabilité économique, de discrimination ou encore d'isolement. Cela peut notamment s'expliquer par une plus faible prise en charge collective des personnes en situation de fragilité sur des horaires atypiques, et d'un sentiment d'impunité peut-être plus fort à la nuit tombée.
Comment la Ville peut-elle assurer une continuité nocturne de la solidarité avec les grenoblois-es en errance, en situation de dépendance du fait de leur âge ou d'un handicap ? Comment peut-elle agir avec les personnes discriminé-es en raison de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur origine ethno-raciale supposée ou encore de leur quartier d'habitation pour garantir l'égalité de tous-tes ?

CT5 : Déplacements et Sécurité la nuit – le jeudi 12 mai de 17h30 à 20h (HDV Salle 2)

Nos représentations culturelles partagées de la nuit en font un espace-temps de danger et de risque, notamment du fait de l'obscurité mais aussi d'un moindre contrôle social. Nous nous sommes tous-tes déjà senti-es vulnérables la nuit, plus particulièrement lorsque l'on se déplace seul-e, pour aller au ou rentrer du travail, rejoindre des amis, rentrer de boîte de nuit, aller garder ses petits-enfants, revenir du cinéma, se rendre à l'hôpital, .... Selon le quartier traversé, l'heure ou encore sa condition physique, l'accès à la mobilité et le sentiment de sécurité peut être affaibli la nuit.
Pour y remédier, la Ville doit-elle privilégier une amélioration de l'ambiance des espaces publics (lumières, lieux animés, ...), une augmentation de la présence humaine (de médiation, policière, ...) ou encore des moyens de déplacements nocturnes alternatifs ?

CT6 : Améliorer l’accès aux soins et Cadre de vie la nuit – le mardi 24 mai de 17h30 à 20h (salle 503 à Claudel)

Déjà tendue de jour du fait d'un grand déficit de soignant-es sur le territoire, l'offre de soins à Grenoble la nuit est encore plus faible la nuit, et également plus difficile d'accès car excentrée. Au-delà de la ville de garde, la santé la nuit comprend la prise en charge des personnes en situation de fragilité (nos aînées, santé mentale, ...) ou sous substances (alcool, psychotropes, ...). Enfin, l'environnement urbain et le cadre de vie ont une grande influence la santé et le bien-être des habitant-es (pollutions sonores et lumineuses, salubrité publique, biodiversité, canicule ...).
Comment peut-on améliorer le cadre de vie des grenoblois-es au service de leur santé ? Que pourrait mettre en place la Ville pour accompagner une meilleure offre de soins ?

Calendrier prévisionnel

  • 29 mars 2021 : Vote de la délibération et lancement officiel de la démarche
  • Juillet 2021 à mars 2022 : Radiographie des nuits grenobloises
  • 21 mars 2022 : Restitution publique du diagnostic sur les nuits grenobloises
  • Mai - octobre 2022 : Consultation des Commissions thématiques visant à faire émerger les actions à inscrire dans le futur Plan Grenoble la nuit
  • Octobre 2022 : Présentation et hiérarchisation des actions au sein du Conseil de la nuit, l'instance annuelle qui réunira toutes les parties prenantes au Plan
  • Novembre-décembre 2022 : Délibération du Conseil municipal
  • Décembre 2022 – janvier 2023 : Restitution publique du Plan Grenoble la nuit
  • 2023 – 2026 : Mise en œuvre des actions contenues dans le Plan Grenoble la nuit

Les offres et services à Grenoble, la nuit

Offres et services en soirée, de 19h à 22h

Offres et services en soirée avancée, de 22h à 2h

Offres et services pendant la nuit profonde, de 2h à 5h

Offres et services au petit matin, de 5h à 7h